Le deuil…


Pendant au moins deux ans, notre quotidien a été rythmé par le processus d’immigration au Canada. Pendant au moins deux ans, nous avons appelé le Bureau d’immigration du Québec au point de connaître le numéro par cœur. 

Pendant au moins deux ans, nous avons rafraîchi notre boîte électronique des milliers de fois et surveiller notre boîte aux lettres autant de fois… Au cas où les tout-puissants de l’immigration auraient décidé de nous accorder le sésame. Pendant au moins deux ans, nous avons accordé une grande place dans notre vie à ce projet d’immigration.

Aujourd’hui le projet a été concrétisé. Des résidences permanentes dans nos poches et une nouvelle vie à Montréal. Les différentes étapes menant à la réalisation de ce projet ne permettent souvent pas d’avoir d’autres projets, d’autres rêves. Ce qui fait qu’aujourd’hui, tout ceci laisse une sorte de vide et des tonnes de questions : 

- Que faire maintenant qu’on est ici? 
- Aimons-nous notre vie ici ? 
- Avons-nous eu raison de venir ici ? 
- Qu’est-ce que l’avenir nous réserve ? 
- Avons-nous vraiment le courage de tout recommencer à zéro ? 
- De retourner aux études ? 

Des questions sans réponses car en ce qui me concerne, je ne sais absolument pas quoi faire de ma vie ici… Je pense que je dois commencer par faire une sorte de deuil pour changer de chapitre.

Vol de notre plaque d’immatriculation…


Dimanche… 


… on a tourné en rond à cause du marathon pendant une bonne trentaine de minutes avant de trouver la bonne route pour nous rendre à Brossard. 


… on s’est pris les volets fermés du petit restaurant mauricien en pleine face. On avait fait la route parce qu’on voulait manger des dholl puris… Ça nous apprendra! 


… on s’est fait voler notre plaque d’immatriculation sur le parking du Mail Champlain. Elle n’avait que deux semaines notre plaque. 


… on a appelé la police pour dénoncer cet acte. Mais purée, il y avait plus d’une centaine de plaques d’immatriculation sur ce parkingggggggggg. Pourquoi nous? 


… on a roulé dans tout Montréal sans plaque donc. Comme on est novices en détours (à cause du marathon), bein on est passés 15 fois devant des policiers. Personne ne nous à arrêter. 

What an accent!

J’ai toujours détesté l’anglais. Et comble de malchance (ou pas), j’ai toujours eu à étudier dans cette langue. Ce n’était pas la mort, mais voyez-vous je trouvais cette langue difficile et elle ne me séduisait pas du tout.

À Maurice, la présence de l’english dans mon quotidien était donc minime une fois les études terminées. Elle consistait bien souvent de quelques paperasses, de séries mais avec les sous-titres, de chansons de Coldplay et d’ingrédients de mes petites gourmandises préférées.

Comme je travaillais en français, je ne m’inquiétais guerre de ma british touch (pas américain hein). Je n’en avais vraiment rien à battre au point que je ne pratiquais… Et sans pratique, bah on commence par oublier comment on dit robinet en anglais…

Malheureusement en débarquant à Montréal, je me suis prise l’anglais en pleine face. L’anglais avec l’accent québécois, américain, indien, chinois, mexicain….et le mien : mauricien. Copilote me dit toujours que je parle l’anglais comme si je vomissais.

Le vrai bilinguisme étant important, j’avoue avoir commencé à regretter mon allergie à l’anglais. Il me fallait, d’urgence : boire, manger et dormir en anglais. Je préfère toujours le français mais j’essaie de regarder plus les séries en anglais sans sous-titre et la chaîne CTV (wahou la référence). Je tente aussi de lire en anglais mais hélas, je ne dépasse jamais la première page. Bref, j’essaie de me rattraper.

Aujourd’hui, je prends mon temps quand je parle l’anglais car la base est là. Et j’ar-ti-cu-le ! Oui, j’articule car bien souvent certains anglophones jasent comme si, ils avaient avalé un écureuil ou un mixeur. On n’a pas tous le même accent et des fois, il arrive qu’on ne se comprenne pas…

Ce qui me désole surtout c’est quand une personne avec un accent très marqué te demande si tu ne veux pas parler français alors que tu lui parles "correctement" en anglais. À mes yeux, c’est de l’intolérance. Un accent différent dérange forcément...

[Dan bis*] Reste debout!

100 % électrique!

J’ai toujours fait partie des gens qui se lèvent spontanément pour laisser leur place aux personnes âgées, enceintes, avec des enfants… Ce qui fait que je ne comprenais jamais la réaction de ceux qui ne bougeaient pas d’un pouce pour céder leur siège à la vieille dame qui tente de s’accrocher pour ne pas tomber.

Après une bonne année d’observation ici, je me sens aujourd’hui bien conne. Certaines de ces personnes à mobilité réduite n’ont tout simplement pas de manière ou abuse de leur statut. De plus, elles ciblent toujours les mêmes pigeons, dont moi.

Là, je pense à cette dame et sa grosse poussette qui prend souvent le même autobus que moi le matin. Madame arrive juste quand le chauffeur a fermé sa porte. Pas grave. Il l’ouvrira vu qu’elle fait de grands signes tout en poussant son chariot. Merde. Elle a pu entrer. Un coup d’œil à gauche. Un coup d’œil à droite. Et bam! Elle m’a vu au fin fond du niveau 1 du bus. Elle pousse sa poussette sans se presser. Ne s’arrête même pas à l’endroit réservé aux poussettes. Bah ouais hein, les trois mickeys qui occupent les lieux ne vont certainement pas se lever hein. Et la voilà comme une fleur à côté de moi.

Devant se trouve un chauve qui fait semblant de ne pas la voir. Forcément, je me lève. Même pas un merci. Pas grave. Je me retrouve avec toutes mes affaires à taper la causette avec mon super chauffeur. Un autre jour. Même scène de la chère madame. Un autre, autre jour, rebelote. L’impression d’être dans le film de Gus Van Sant, Elephant, me traverse l’esprit. Faut que ça cesse. Désormais, je m’installe au fin fond du bus, c’est-à-dire au niveau deux où les poussettes, les personnes âgées et autres ne souhaitent pas trop s’aventurer.

Je pense aussi à cette vieille dame qui prend également le même bus. Chaque matin, mon super chauffeur doit hurler : merci de faire une place à la dame. Jamais personne ne se lève spontanément. Bien sûr, je trouve ça vache de la part de ceux qui se trouvent aux premières loges. Mais si c’est chaque jour la même chanson, je comprends que certains préfèrent faire la sourde-oreille. 

Ce que je déplore, surtout, c’est ces personnes qui ne vous disent même pas merci ni ne vous font un sourire (et ils sont nombreux). C'est la moindre des choses, non ? Bien sûr, je ne suis pas en train de dire de laisser mamie et papi se transformer en ballon de football dans le métro ou le bus. Mais je pense qu’il faudrait y avoir un peu plus de respect… Et ce, des deux côtés.

* Dan bis, c'est '' dans le bus '' en kreol morisyen (dans ma langue maternelle)